Afrique Terre d’avenir:Un continent en quête de Talents!

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L’Afrique, un continent en quête de talents

Crédits / Per-Anders Petersson
Télécoms, agroalimentaire, BTP, tourisme, services… Le marché du recrutement est très actif dans de nombreux secteurs. Face à la pénurie de compétences, le continent mise, notamment, sur le retour des membres de la diaspora.
« Le cœur de la mondialisation est en Afrique. » Tel est le credo de Paul Mercier, directeur de Michael Page Africa, cabinet de recrutement de cadres et de dirigeants. Le continent se porte bien, avec une croissance estimée à 4,8 % cette année, et les perspectives sont prometteuses (5,3 % pour 2014). Conséquence de ce dynamisme : l’émergence d’une classe moyenne et le développement rapide de nouveaux secteurs économiques nécessitant de nouvelles compétences, tant techniques que managériales.
L’INTÉRÊT POUR LES CADRES LOCAUX
Les lignes du recrutement bougent. Peu à peu, les cadres locaux remplacent les expatriés. Les raisons de ce phénomène récent sont multiples. D’abord, la pression sur les coûts amène les entreprises étrangères à limiter le recours aux expatriés. D’autre part, « la population de cadres locaux est de plus en plus jeune et de mieux en mieux formée, malgré la dégradation des systèmes de formation, qui peinent à s’adapter à la poussée démographique », note Paul Mercier. Enfin, de nombreux gouvernements africains imposent des quotas de nationaux. Il est vrai aussi que les contrats locaux ne cessent de s’améliorer. Ainsi, « il est de plus en plus fréquent qu’ils incluent une aide au logement, un bonus, une voiture de fonction ou encore une couverture santé », explique Fanta Traoré, consultante senior à la division Africa de Robert Walters, qui évalue à 50/50 la part des contrats locaux et des expatriés dans les missions du cabinet. « Les salaires des cadres locaux et ceux des expatriés tendent à converger et, dans un délai de quatre à cinq ans, ils seront similaires », prédit Paul Mercier. Car le cadre local a un avantage considérable par rapport à l’expatrié, par définition temporaire : il est durable. » Un atout auquel est sensible le cabinet Robert Walters. « L’apport des cadres locaux et de ceux de la diaspora est très important, car ils ont une meilleure connaissance du pays et des populations, note Fanta Traoré. Lors de la procédure de recrutement, nous analysons le projet de vie des candidats. Nous ne voulons pas de mercenaires ! Ils doivent être prêts à s’installer dans la durée. »

Et, c’est là l’autre tendance lourde : les cadres africains formés et/ou travaillant hors du continent sont aujourd’hui prêts à rentrer au pays. « La perception du marché du recrutement africain par la diaspora a clairement changé », confirme Paul Mercier. Le cabinet Africsearch, créé en 1996, recevait de 500 à 700 CV lors de ses premières années d’existence. Il en réceptionne aujourd’hui le double. Une enquête réalisée par le capital investisseur panafricain Jacana Partners en décembre 2012 montre que 70 % des étudiants africains qui préparent un MBA dans les meilleures écoles européennes ou américaines souhaitent rentrer au pays une fois leur diplôme en poche. Qu’ont-ils à y gagner ? « Une carrière plus rapide, des responsabilités accrues, une véritable reconnaissance de leurs compétences – ils ne seront pas confrontés au plafond de verre comme cela peut être le cas en Europe – et un pouvoir d’achat conséquent compte tenu du faible coût de la vie », énumère Didier Acouetey, président du cabinet Africsearch. Reste qu’il n’est pas toujours aussi facile de convaincre la diaspora de rentrer. La politique du « local content » – consistant à exporter non plus des produits bruts, mais des produits ayant subi au moins une première transformation, afin d’incorporer plus de valeur ajoutée –, portée par de plus en plus d’Etats, pourrait bien être un facteur d’attractivité pour les candidats locaux.

DES BESOINS DANS DIFFÉRENTS SECTEURS
En termes de secteurs, l’Afrique est très bien placée dans le domaine des hautes technologies et de l’informatique. Ainsi, les télécoms – qui, après avoir enregistré des taux de croissance à trois chiffres, sont revenues plus modestement à deux chiffres – ont damé le pion aux assurances et aux banques dans la plupart des pays. Le développement de la téléphonie mobile et d’Internet a permis à de nombreux jeunes informaticiens, ingénieurs ou commerciaux de trouver un emploi. À une échelle plus réduite, les business centers, qui intègrent des activités de téléphonie, Internet et PAO, offrent également d’importantes opportunités. Autre gros recruteur : l’industrie agricole. Le continent est confronté à deux grands défis : donner du travail (alors que le chômage est endémique) et à manger à une population qui atteindra 2 milliards d’individus dans trente cinq ans. Pour Paul Mercier, cela ne fait aucun doute, «Œle continent africain est le futur grenier du mondeŒ». Dans le secteur agroalimentaire, la demande est tout particulièrement forte pour des candidats spécialisés en vente et marketing (business development, responsable marketing, chef des ventes), mais aussi en direction technique (directeur d’usine) et en fonctions support (directeur administratif et financier – DAF – et directeur des ressources humaines – DRH). «ŒLes profils de DRH sont parmi les plus difficiles à trouver, précise Fanta Traoré. Ils doivent bien connaître les populations et il existe peu de formations en Afrique sur le sujet.Œ»

Le BTP est aussi un secteur dynamique sur un continent qui manque cruellement d’infrastructures. Par exemple, en mai dernier, Kinshasa a décidé de lancer la construction d’un troisième barrage hydroélectrique sur le fleuve Congo. Une étape supplémentaire vers la réalisation du projet Grand Inga – deux fois plus grand que le barrage des Trois-Gorges en Chine –, appelé à devenir la centrale électrique de tout le continent. Le tourisme comme la distribution sont aussi d’importants générateurs d’emploi. Des groupes hôteliers émergent, à l’image d’Onomo International. Après Dakar, Libreville et Abidjan, des établissements Onomo devraient ouvrir leurs portes début 2014 à Bamako (Mali) et à Lomé (Togo). «ŒLe fort développement dans les domaines du BTP, de l’hôtellerie et du tourisme génère une demande soutenue de directeurs opérationnels et de DAFŒ», explique Fanta Traoré. Enfin, dans le secteur des services, et notamment le secteur bancaire, qui développe ses réseaux d’agences, il y a un fort besoin de conseils juridiques et fiscaux. Les compétences locales suffiront-elles à combler tous ces manques Œ? «ŒLe problème majeur reste le recrutement des profils techniques, constate Didier Acouétey. Le système éducatif, prévu au départ pour répondre aux exigences de la fonction publique, ne s’est pas adapté.Œ» Même si le privé commence à prendre le relais, il y a urgence. Et le président d’Africsearch d’avertir : «ŒL’expertise de la diaspora ne suffira pas à combler tous les besoins.Œ

Forbes Afrique
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